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vendredi 10 août 2012

La ligne Houngbédji

(Fraternité 8-08-2012)

Dans la grande effervescence politique héritée des déclarations présidentielles du 1er Août, la Nation retient son souffle. Envahie par le flot de paroles, elle a du mal à décanter l’essentiel alors qu’enflent au quotidien les réactions suite à l’intervention à polémique du jour de fête. Portés par le désir de résoudre à chaud la grande équation, tous se livrent à l’exercice de réplique et d’offensive massive. Tous dans l’arène pour le nouveau combat politique. Mais personne n’a la maîtrise de l’issue de la nouvelle crise. Seules les séquences enflammées rythment la foire d’empoigne. Et la tension hissée par l’intolérance collective fait trembler la République.

Dans la masse tumultueuse, les réactions les plus attendues étaient celles du Parti du Renouveau Démocratique (Prd) et de la Renaissance du Bénin (Rb). Si le parti de Léhady Soglo a déjà enfilé le costume yayiste, l’écurie de Me Adrien Houngbédji semble sur la voie du pacte avec la mouvance. Il ne resterait que des détails pour que l’arc-en-ciel dîne avec les cauris. Ainsi, sous la pression des rumeurs, le Prd malgré lui est devenu une grosse attraction. Face à leur destin, La Rb transfuge déclarée et l’énigme Prd, aiguisent les curiosités. Il flotte sur ces deux anciennes grosses cylindrées de l’Union fait la nation (Un) le devoir d’assumer leur responsabilité et leur nouveau statut. Le test de clarification est souvent douloureux surtout quand on craint de sortir de l’ambiguïté et de jeter le masque. Le défi moral est de quitter ce vice politique où se manifeste l’hypocrisie. La Rb choisit le silence. Le Prd refuse le camouflage.

On attendait avec impatience le son de cloche du Prd après les éloges du Chef de l’Etat à son leader charismatique qualifié " d’homme d’Etat ". On pensait que la tonne de fleurs de Yayi allait émouvoir son rival et ex candidat unique victime du K.O. Mais même encensé, Adrien Houngbédji n’a pas mordu à l’appât. Son Prd a porté sa casquette d’opposant et dénoncé " un discours et un entretien d’autosatisfaction, de division, de mépris, d’invectives et de menaces… ". Dans la foulée, le Prd professe qu’ " un Chef de la nation n’est pas un chef de clan ". On est presque emporté par l’instinct du parti de l’homme d’Etat Houngbédji qui a rappelé au bon souvenir de son nouvel ami Yayi " les élections scandaleuses des mois de mars et avril 2011 ". Nul doute que le Prd a joué dans la chapelle de l’opposition. Cette évidence lui offre l’opportunité de saisir une place inespérée sur le piédestal moral.

L’exception Prd est apparue dans le refus de tomber dans l’opposition crue et systématique. Avec l’appel au dialogue et l’invite des acteurs politiques de tous bords et les leaders d’opinion à la retenue, ce parti se forge une identité. Le plus grand reproche essuyé par Houngbédji est l’instabilité ; ce qui lui a souvent valu la punition de la méfiance. On découvre sa nouvelle ligne politique qu’il exécute avec rigueur et sérénité depuis sa défection de l’Un. Cette constance adoptée marque la rupture avec un passé infécond.

Néanmoins, la grosse faiblesse de la sortie médiatique du camp Houngbédji est cette curieuse absence du leader charismatique, lui-même. C’est un détail précieux qui laisse un goût d’inachevé. La présence de cette figure historique aurait donné plus de force, de couleur et de charme à l’exercice politique. Pourquoi Houngbédji a-t-il fait l’option de la discrétion dans cette initiative vitale pour la crédibilité de son parti ? Certes, on ne peut lui dénier le droit de revendiquer l’inspiration du commentaire fait par le Prd sur les fameux propos du 1er Août, mais ce retrait construit un petit mystère.

Le respect de la nouvelle ligne, c’est vrai, sera pénible pour le Prd. Houngbédji devrait lui-même se charger d’en dispenser les vertus et laisser à la postérité arc-en-ciel l’héritage du renouveau. Et on va souhaiter que cette pédagogie de l’opposition Prd ait le parrainage de la sincérité et que dépourvu de tout calcul politicien, elle fasse école pour inaugurer la renaissance du Bénin.



Sulpice O. GBAGUIDI

Fraternité

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