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mardi 9 avril 2013

Boni Yayi: encore trois longues années …


(24 heures au Benin 08/04/2013)


Boni Yayi célèbre ce 06 Avril l’an II de son ultime mandat. L’arithmétique lui offre au total sept ans au pouvoir. Dans la foulée, on est passé brutalement du changement à la refondation par la magie du K.O. Il reste encore trois années pour le messie autoproclamé. Le temps ne devrait pas suspendre son vol comme le voulait Lamartine. Car, la gouvernance est infernale et l’illusion se répand au quotidien. Au sommet, la fièvre du populisme et les choix mal muris ont différé la marche escomptée vers le progrès. Le rêve de l’émergence est brisé par les fantaisies des plaisantins impénitents. Conséquence : on tourne en rond dans les bouffées de l’incompétence et de l’amateurisme. Un vrai gâchis !

Pour assurer le recul du pays , Boni Yayi a mis dans sa valise quelques lèche-bottes élevés au rang de ministres et des rescapés de la période médiévale empilés à la présidence à qui est confiée la tâche moderne de conseillers. Avec la nuée d’évangélistes envahissant le palais et l’intrusion des échantillons de l’espèce familiale et belle-familiale, la mafia a de l’appétit. En deux ans hérités du k.o, la gouvernance n’a pas été de tout repos. Le navire tangue sur les vagues des improvisations. On est désormais secoué par le reflux des incertitudes.

Le bilan se résume pour l’essentiel à des incantations sans effet. Le recours à la formule démagogique et doctrinale de la refondation s’est révélé stérile. En témoigne la contagion de l’échec. Le Bénin est partout mal classé. Presque dans tous les domaines, la gouvernance incandescente s’est montrée catastrophique avec notamment la prolifération des foyers de tension et un résultat piteux que l’exhibition n’a pu empêcher.

Globalement, la fameuse promesse économique de la croissance à deux chiffres a tourné au cauchemar. Il a même soufflé sur le pays un vent de récession. Fort heureusement, on a pu réussir à s’accrocher au bas de l’échelle sans tomber dans les ténèbres. L’accessit de 6% reste le nouveau défi pioché sous l’effet de la triste réalité. Le boucan agricole n’a produit qu’une énorme pollution. Malgré le braquage d’intrants et les randonnées ministérielles en mode rural, les chiffres de la production flottent. L’apport tumultueux des ministres contonculteurs de l’ère Yayi enfle le ridicule. Talon a trop hanté les couloirs.

Et les réformes ? C’est le siège de l’illusion et de la déroute. Il eut évidemment l’agitation portuaire et quelques innovations opérées dans du bruit. Avec une dose de rationalité, on peut continuer à espérer une révolution utile à ce niveau surtout que la pression américaine constitue une garantie. Sur l’essentiel, la saison printanière des réformes tarde à s’annoncer. Deux ans après le K.O à polémique et l’ivresse de la réélection ponctuée par les digressions enthousiasmantes développées sur la refondation, les performances sont lamentables sous l’effet de l’improvisation combinée au vice de la reculade.

Le roi traîne son K.O dans la boue du désespoir. Le secteur de l’éducation est en crise avec l’école en sursis. L’épée de l’année blanche reste en permanence au dessus de l’école. La faute à un déficit de dialogue. Le pouvoir a sans doute marqué des points dans l’amélioration des conditions de vie des enseignants mais il en a plus perdu dans sa gestion des priorités et des crises. Finalement rattrapé par les promesses non tenues, son score ne peut être que minable. Le secteur de la santé compte encore ses macchabées. La faute à une mauvaise politique de gestion des tensions sociales qui ont provoqué le deuil à l’hôpital. Depuis le K.O, le sport notamment le football semble condamné à la dégringolade. La faute à la connivence du pouvoir avec l’ancien forçat.

Episode affreux : le coup de sang du 1er août 2012. Les hommes politiques et les journalistes sont tous traités de « petits ». Le roi vanta son génie de faire du mal à tous. Une colère ravageuse, symptomatique de la volonté mal refoulée de s’éterniser au trône. Dans la foulée, la garde des sceaux accomplit son acharnement anti-magistrat et sème la discorde dans la maison justice.

Faits nouveaux sous ce second et dernier mandat : le pouvoir évoque une avalanche de tentatives contre le roi Yayi II. D’abord l’empoisonnement. La gouvernante, complice supposée de l’ancien bailleur du K.O, aurait échoué dans son élan de tuer son oncle président. Cette symphonie renversante fait mouvoir le bilan de l’an II. Ensuite, la tentative de coup d’Etat, la dernière trouvaille inscrite dans le brouillon post-K.O. Le régime joue avec le feu en agitant la peur. Et ce jeu dangereux souille moralement le bilan.

L’an II de Yayi II, c’est surtout l’an VII de Yayi. Il y a la suite des scandales avec le crime de la construction du siège de l’Assemblée nationale et les échos du drame des machines agricoles…Les vertus théorisées ont cédé à des vices non déclarés. Encore trois longues années…Une éternité.

Sulpice Oscar Gbaguidi


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