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mardi 13 septembre 2011

La démocratie béninoise en danger


La démocratie béninoise en danger

Depuis la réélection contestée du président Yayi Boni, en mars 2011, le Bénin s'enfonce chaque jour un peu plus dans une crise sociopolitique qui menace les acquis démocratiques de la Conférence nationale de 1990.

L'AUTEUR


Vingt ans après la désormais historique Conférence nationale du Bénin (démarrée le 19 février 1990) et le retour au pluralisme démocratique, la jeune démocratie béninoise a du plomb dans l’aile. C’est le moins que l’on puisse dire eu égard à l’évolution sociopolitique du pays ces dernières années. Les élections présidentielle et législatives de 2011 n’ont fait que corroborer les inquiétudes grandissantes des Béninois à ce sujet. D’autant que le pays n’avait jamais connu des élections aussi douteuses que catastrophiques. La double crise politique avec l’opposition et sociale avec les syndicats qui s’en est suivie en est la preuve.

Point n’est besoin de revenir sur les dysfonctionnements concernant le fichier électoral, le non respect des textes et règlements en matière électorale, les cafouillages de laCommission électorale nationale autonome (Cena) et de la Cour constitutionnelle. Autant de situations ajoutées à la gestion des affaires publiques qui ont révélé une nette régression démocratique.

Au lendemain de la réélection contestée du président Boni Yayi, le régime au pouvoir veut conduire le pays à une nouvelle étape: la refondation. Le mot est quasiment dans tous les discours du président de la République et de ceux qui le soutiennent. Sans que la grande majorité des Béninois sache réellement ce que renferme ce vocable. Toujours est-il que beaucoup pensaient que la refondation en question concernait la gestion des affaires publiques par son régime ou la kyrielle de partis et de mouvements qui le soutiennent. Il n’en est manifestement rien. Il s’agit de faire réviser la Constitution.

Levée de boucliers

 

Dans son discours d’investiture le 6 avril 2011, Boni Yayi avait déjà annoncé les couleurs au sujet de sa volonté de réviser la Constitution du 11 décembre 1990. En fait, l’annonce n’avait rien de nouveau puisqu’il avait commis auparavant une équipe à cet effet. Mais les Béninois ne savaient pas encore à quoi va rimer cette révision constitutionnelle ou cette refondation en d’autres termes.

Il est vrai que la Constitution de la République du Bénin (PDF) a prévu les mécanismes de sa révision. Mais il est à craindre qu’après avoir réussi le tour de force de se faire réélire et de se doter d’une majorité à l’Assemblée nationale en écrasant l’opposition par tous les moyens, il soit tenté par une révision par voie parlementaire plutôt que référendaire. Sans qu’il y ait véritablement un débat national sur les fondements de cette révision. Et pour cause, les intellectuels et la société civile qui ont des récriminations sur le contenu même de la refondation se mobilisent déjà. Pour Me Joseph Djogbenou, président du Front des organisations de la société civile pour des élections libres, transparentes et pacifiques, «si la refondation est de toucher à la Constitution, qu’on ne touche pas à la Constitution…On n’acceptera pas ça».

En effet, beaucoup de points suscitent des crispations dans le projet de refondation en perspective par le régime de Boni Yayi. Plutôt que de renforcer le pouvoir de la justice par exemple, elle prévoit à l’avenir de faire valider les décisions de justice par la Cour constitutionnelle. Un point qui provoque un tollé général. Quand on sait la collusion qui peut exister entre cette institution et l’exécutif, il y a de quoi susciter une levée de boucliers.

«Si révision constitutionnelle il doit y avoir, il faut que la justice soit plus indépendante et capable de s’autosaisir directement notamment à propos des affaires publiques et des hommes politiques», commente le journaliste Serge Félix N’Piénikoua. Il ajoute:«Une justice plus indépendante est à coup sûr le gage d’une meilleure gouvernance et d’un respect des principes démocratiques.»

Le péril jeune

 

Ces dernières années, la gestion des affaires du pays a engendré de nombreuses frustrations à divers niveaux. Les multiples scandales sur fond de corruption ont entamé la crédibilité de la classe politique qui a présidé aux destinées du pays jusqu’à nos jours. Au point de faire naître un conflit de générations. Les régimes qui se sont succédé n’ont guère pu apporter de réponses adéquates aux préoccupations des jeunes en termes d’avenir. Des statistiques officielles indiquent que le taux de pauvreté est passé de 28,5% en 2002 à 37,4% en 2006. Et cette courbe ascendante n’a pas été inversée. Bien au contraire. Il y a fort à parier que les jeunes Béninois de plus en plus laissés pour compte, sans perspective d’avenir, se fassent entendre par d’autres moyens. Comme dans bien d’autres pays africains où le ras-le bol a conduit à une refondation sociopolitique, par la force de la jeunesse.

En attendant le grand débat sur la révision de la Constitution ou la refondation, la société civile fourbit ses armes ainsi que les différentes composantes de la nation. Est-il encore besoin de souligner que vers la fin du mandat de l'ancien président Mathieu Kérékou en 2006, ce sont les partisans du président Boni Yayi qui s’étaient vigoureusement opposés à sa révision. Alors que celui-ci entame son dernier mandat, ils rament maintenant à contre-courant. Cette attitude paraît on ne peut plus suspecte pour beaucoup de Béninois qui ont bien des raisons d’être encore plus vigilants. D’autant plus que lors du dernier bras de fer gouvernement-syndicats, Boni Yayi n’a pas hésité à franchir le Rubicon en cherchant à recourir à l’armée pour régler un conflit purement d’ordre social.

Pour nombre de jeunes, la grande question est de savoir si ce sont de nouvelles politiques et une nouvelle façon de gérer le Bénin qui vont leur redonner espoir ou si c’est la révision de la Constitution, dont on ignore la finalité, qui va apporter des solutions à leurs problèmes.

 «Ce n’est pas la révision constitutionnelle qui va nous construire des amphithéâtres ou donner du travail aux millions de jeunes du Bénin. C’est à croire qu’ils n’ont rien d’autre à faire que d’être obnubilés par leur pouvoir et comment le renforcer», confie Justin Oklégbo, un étudiant en droit.

Vraisemblablement, c’est du débat national qui ne doit en aucun cas être occulté que dépendra l’avenir de la refondation. Et tous les Béninois l’attendent de pied ferme. Car, il est hors de question de faire un passage en force, au moyen de subterfuges politiques, comme on l’a fait pour les différentes échéances électorales.

Marcus Boni Teiga

Après le Kao présidentiel : Le Kao économique s’annonce pour le Bénin



Après le Kao présidentiel : Le Kao économique s’annonce pour le Bénin
13 septembre 2011 par richard 

C’est un secret de polichinelle de dire que le Bénin est confronté à des difficultés financières. Si l’on ne prend garde, le premier Kao économique de l’ère du renouveau démocratique sera bientôt réalisé.

Le Bénin enregistre habituellement en moyenne 15 milliards de franc CFA tous les dix jours comme frais de douanes et impôts de différentes structures. Cela lui fait 45 milliards de franc CFA environ par mois. Mais le mois dernier, ce fut une totale catastrophe. Le 1/5 du montant habituel n’aurait même pas été mobilisé. Cette réalité confirme la thèse selon laquelle le Bénin pourrait connaître un Kao économique dans les jours à venir. Cette situation est très préoccupante pour le gouvernement qui n’a plus les moyens nécessaires pour agir. Le gouvernement a dû retenir, suite à la communication du Ministre de l’Economie et des Finances en sa séance du samedi 10 septembre 2011, des mesures à observer par les ministères et Institutions face à la baisse du recouvrement des recettes budgétaires de 2011. Cette réalité a aussi contraint le gouvernement à capituler face aux importateurs. Il a dû prendre de nouvelles mesures d’assouplissement dans le cadre de la mise en œuvre du Programme de vérification des importations (PVI) de nouvelle génération. Pour éviter, entre autres, le détournement du trafic vers d’autres ports, de permettre aux opérateurs économiques de passer les commandes de fin d’année et de faire baisser les prix des produits de grande consommation sur les marchés, le gouvernement a revu à la baisse les prix fixés pour que les importateurs puissent dédouaner leurs marchandises et que l’argent puisse entrer dans les caisses de l’Etat. Mais cela est loin de combler les attentes.

Autres mesures contre le Kao

Conscient de la menace du Kao économique, le gouvernement, en cette séance du samedi 10 septembre 2011, a retenu des impératifs à observer pour tenter d’éviter le pire. Il a, entre autres retenu qu’il faut réaliser la croissance économique ; observer une austérité budgétaire ; oeuvrer pour un accroissement des recettes intérieures ; et respecter les plafonds de dépenses retenues avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque Mondiale pour l’année 2011. S’agissant de la mobilisation de recettes intérieures, le gouvernement a jugé nécessaire de poursuivre et d’accélérer les reformes des opérations douanières prévues par le Programme de vérification des importations (PVI) de nouvelle génération. Et comme les ressources manquent cruellement, le gouvernement a retenu comme mesures : l’identification de tous les gisements fiscaux ; le captage de toutes les recettes qui échappent au fisc ; la systématisation des contrôles et vérifications des opérations fiscales et de recettes au niveau de la Direction générale des impôts et des douanes (DGID) et de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique (DGTCP). Tous les ministres ont été invités à réduire les dépenses et les recentrer sur les investissements prioritaires. Le gouvernement, qui avait toujours trouvé des arguments pour justifier certaines dépenses à la veille de la présidentielle de mars 2011, a fini par épouser le plafonnement des dépenses sur la base des dépenses retenues avec le FMI et la Banque Mondiale au titre de la gestion budgétaire 2011. La priorisation des dépenses retenues dans le cadre de la facilité élargie de crédits ; la priorisation des dépenses en capital relatives à la poursuite des travaux d’infrastructures au niveau local à savoir les projets et programmes d’infrastructures sociocommunautaires sont des mesures à respecter. Le gouvernement a opté pour l’opérationnalisation par le ministre des Enseignements maternel et primaire, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le ministre chargé de la Microfinance, de l’Emploi des Jeunes et des Femmes et le ministre de la Jeunesse, des Sports et Loisirs d’un plan de consommation des crédits pour relever de façon significative le niveau d’exécution de leurs dépenses prioritaires. Enfin, la priorité à accorder aux dotations sectorielles affectées aux dépenses en capital financées sur ressources intérieures des projets et programmes d’infrastructures sociocommunautaires dans les ministères concernés par le transfert des ressources aux communes a été décidée.

Le gouvernement prend ainsi les mesures pour ajourner la catastrophe économique qui a besoin de plus de mesures et de comportements de bonne gouvernance pour ne pas subvenir. Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement doit impérativement associer ses partenaires que sont les douaniers, agents des finances et autres travailleurs. S’il continue de frustrer les travailleurs qui intercalent les mois de travail de grève, le Kao économique risque d’arriver plus tôt que prévu. C’est à la table des échanges qu’on trouve des compromis. Et il faut éviter de jeter certains collaborateurs en pâture et espérer qu’ils travaillent avec diligence et entrain. Si le Kao présidentiel a mal côté la démocratie béninoise, il faut craindre que le Kao économique ne le précipite dans de grands bouleversements sociaux.

Guy Constant Ehoumi